Ce matin, en coupant à travers le parc pour récupérer ma voiture, j’ai suivi l’allée bordée de faux jasmin. Le nez en l’air à l’affût des parfums printaniers flatteurs de narines, le regard enthousiasmé par ce petit coin qui semblait être en dehors du temps, sorti tout droit du jardin des délices et les pensées perdues au milieu de ces effluves enivrants, je me suis assise quelques minutes sur un banc. Quelques instants de répit, de calme et d’extase tranchant avec la course habituelle qui rythme mes journées.
Je l’ai vu arriver au loin, tête baissée, d’un pas alerte et bien décidé à ne pas laisser quoi que ce soit entraver sa route, ni qui que ce soit le détourner de son chemin. Devant moi est passé cet homme empressé, tellement rapidement que je n’ai eu le temps d’entrevoir la totalité de son visage. Il portait un costume gris anthracite, ses bras étaient chargés de dossiers, il marchait à la Wonder et savait où il allait : Droit au but.
Le contraste était saisissant ; j’étais en pleine pause contemplative et un OVNI me passait sous le nez à la vitesse Mach 2, me laissant une impression d’immobilisme inouïe. Il n’a pas levé les yeux, n’a pas relevé la tête non plus, il cheminait, comme branché sur pilote automatique. L’effet fut saisissant j’ai immédiatement pensé qu’à un autre moment de la journée, hier, demain ou un autre jour, cette météorite c’était, ce sera, moi.
Il est tellement facile d’oublier de regarder autour de soi, de profiter de ces petits instants d'un bonheur simple, à portée de tous. Il est si simple d’oublier de goûter, de savourer et d’apprécier. Le peu, le tout.
Il est aisé d’oublier de vivre.
De s’oublier.
Il est si facile de traverser la vie au pas de charge, sans y prendre garde et sans en prendre soin.
|La course ou la vie|
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